« La terre promise »

Publié le par Monika Szymaniak

« La terre promise »

« Łódź s’éveillait.

La première sirène stridente d’une usine déchira le silence du petit matin et, tout de suite après, dans un tumulte grandissant, d’autres commencèrent à retentir de toutes parts à travers la ville, braillant d’une voix éraillée et insupportable tel un chœur de coqs monstrueux chantant la reprise du travail de leurs gosiers métalliques.

Les longues carcasses noires et les cheminées au cou élancé des usines se découpaient dans la nuit, dans la brume et dans la pluie ; immenses, elles se réveillaient peu à peu et, crachant des flammes de leurs fournaises et exhalant des tourbillons de fumée, elles recommençaient à vivre et à s’animer dans l’obscurité qui enveloppait encore le paysage.

Une fine pluie de mars mélangée à la neige tombait sans cesse en répandant sur Łódź un brouillard lourd et poisseux ; elle tambourinait sur les toits de tôle et s’écoulait directement sur les trottoirs, sur les rues sombres et pleines d’une boue glissante, sur les arbres dénudés, blottis contre de longs murs, tremblants de froid et agités par un vent venu des champs détrempés des alentours et qui s’engouffrait en force dans les artères limoneuses de la ville, secouant les palissades, éprouvant les toitures puis retombant enfin dans la fange, mugissait dans les branches qui fouettaient les vitres d’une maison de plain-pied. »

La terre promise (Ziemia obiecana), Władysław Reymont, Zoé, 2011. Traduction du polonais : Olivier Gautreau.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :