« Weiser David »

Publié le par Monika Szymaniak

« Weiser David »

« Au juste, comment avions-nous vraiment fait la connaissance de Weiser ? Nous le voyions déjà souvent auparavant, car il fréquentait la même école que nous, s’amusait dans la même cour et achetait aussi dans le même magasin, celui de chez Cyrson, des bouteilles collantes d’orangeade, celles que les adultes appelaient « krachel ». Cependant, il ne se mêlait jamais à nos jeux ; il se tenait à l’écart et n’avait visiblement aucune envie d’être l’un des nôtres. Lorsque nous jouions au foot sur le pré de la caserne prussienne, il se contentait de nous regarder en silence et quand nous le rencontrions à la plage de Jelitkowo, il nous disait qu’il ne savait pas nager, ce qui avait l’air de le gêner, car il disparaissait aussitôt parmi la foule des vacanciers. Nos rencontres étaient brèves et insignifiantes, comme l’était sa physionomie : il était petit, très maigre et un peu voûté, son teint était maladivement pâle et la seule chose qui contrastait vraiment avec celui-ci, c’étaient ces yeux extraordinairement grands, écarquillés et très foncés. C’est pourquoi, sans doute, il donnait toujours l’impression d’avoir peur, comme s’il attendait quelque chose ou quelqu’un qui lui apporterait une mauvaise nouvelle. Il habitait avec son grand-père au numéro onze et sur la porte de leur appartement était accrochée une plaquette jaune où l’on pouvait lire : « A. Weiser. Tailleur ». C’était tout ce que nous savions de lui avant ce dernier été qu’avaient annoncé les hannetons de mai et le vent chaud du sud. Alors, comment avions-nous doc fait la connaissance de Weiser ? »

Weiser David (Weiser Dawidek), Paweł Huelle, L’Âge d’Homme, 1990. Traduction en polonais : François Rosset.