« Chacun son paradis »

Publié le par Monika Szymaniak

« Chacun son paradis »

« Il est une seule question sur laquelle les citoyens de la République tchèque s’accordent pleinement et qui n’est jamais sujette au moindre différend.

Ils considèrent tous que leur pays est beau, l’État ayant toujours entériné ce sentiment.

Les Britanniques, dans leur hymne national, demandent à Dieu de protéger leur reine, et ils ne nourrissent pas d’autres attentes. Les Hongrois Lui demandent de les bénir. Les Hollandais de ne pas les abandonner. Ne désirant plus être au-dessus de tous, les Allemands aspirent à l’unité, à la justice et à la liberté. Les Russes glorifient la forte volonté de la Russie, leur puissance sacrée. Les Américains font flotter triomphalement le drapeau étoilé au-dessus de leur pays de liberté. Les Français lancent un appel: “Allons, enfants de la Patrie!” Les Ukrainiens sont prêts à livrer une bataille sanglante depuis le San jusqu’au Don. Les Portugais marchent contre les canons de l’ennemi. Les Italiens se serrent en cohorte, prêts à mourir. Les Irlandais se rassembleront sous les cieux étoilés, impatients de combattre au service de l’Irlande. Les Lituaniens veulent être guidés par la lumière et la vérité. Les Canadiens ont des bras qui savent manier l’épée. Les Autrichiens avancent courageusement vers les temps nouveaux. Les Argentins entendent toujours le son des chaînes brisées. Les Roumains s’exclament: “Éveille-toi, Roumain, du sommeil de la mort.” Les Brésiliens entendent l’appel retentissant d’un peuple héroïque. Les Slovaques arrêtent les foudres et les tonnerres sur les Tatras.

Même les habitants des îles Féroé, pays dépendant du Danemark, clament fièrement qu’ils brandissent leur étendard et affrontent le danger.

Les Tchèques, en revanche, chantent dans leur hymne national que leur pays est un vrai paradis. »

Chacun son paradis (Zrób sobie raj), Mariusz Szczygieł, Actes Sud, 2012. Traduction du polonais : Margot Carlier.