« Polococktail party »

Publié le par Monika Szymaniak

« Polococktail party »

« Et quand je me réveille au bord de la mer, le seul souvenir que je garde du temps où j’arrivais encore à relier plusieurs faits entre eux, c’est d’avoir sniffé à l’aide d’un stylo de la marque Z. Sztorm, Fabrique de Sable, rue du 12-Mars quelque chose. Et de l’avoir imaginé, ce sable, pur produit de nouvelles technologies, soumis à des traitements modernes, emballé dans des sacs modernes, expédié par des moyens modernes manuels et mécaniques. Je me souviens de mes pensées à caractère authentiquement économique qui pourraient sauver mon pays de l’anéantissement, d’ailleurs, j’ai déjà eu l’occasion de dire un mot là-dessus, de l’anéantissement que nous préparent ces putains d’aristocrates à pardessus et à blouses qui, si on leur en avait donné les moyens, nous auraient vendus à l’Occident pour nous envoyer, nous les citoyens de ce pays, esclaves dans des bordels pour faire le jeu de la Bundenswehr. Qui cherchent à brader notre pays comme un tas de vieilleries, un monceau d’antiquaille plein de manteaux fabriqués à Minsk Mazowiecki, de vieilles ceintures découpées en lamelles, parce que, putain, le seul moyen ce serait de les chasser de leurs maisons, de nos cités, et de transformer notre patrie en un pays typiquement agricole produisant, quitte à l’exporter, le simple sable polonais qui a ses chances sur le marché mondial de toute l’Europe. Les voilà mes opinions à caractère gauchiste qui me font penser qu’il faudrait développer dans nos cités un réseau de silos modernes afin que nos agriculteurs, car sur eux repose, selon moi, l’avenir du pays, puissent stocker davantage de leurs produits chez eux, c’est bien de ça qu’il s’agit, que par cette voie leur vie, se mécanisant, devienne meilleure, et même bonne tout court. »

Polococktail party (Wojna polsko-ruska pod flagą biało-czerwoną), Dorota Masłowska, Noir sur Blanc, 2004. Traduction du polonais : Zofia Bobowicz.

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