Amour de pierre

Publié le par Monika Szymaniak

« Il y a de bons côtés à vivre auprès d’un homme qui risque sa peau plusieurs fois par an ; on ne les remarque pas forcément tout de suite. La foi en la vie est différente, elle ressemble au cours des saisons ; après chaque effondrement elle se renouvelle malgré tout, toujours plus forte. On a foi en des séquences de vie très courtes : jusqu’au mois suivant, jusqu’aux fêtes, jusqu’au printemps. La pensée se fait plus claire, on ressent les choses plus intensément, comme avant de mourir. Pas le droit à l’erreur. On perd moins de temps, on prend des décisions plus justes ; selon ma grand-mère, c’est seulement face à la mort qu’on a cette clarté d’esprit – sa propre mort ou celle d’autrui, peu importe. Les sens en éveil, on prend des décisions justes. Grand-mère n’avait pas précisé combien de temps on pouvait vivre ainsi.

Les médecins me demandent à présent de penser à quelque chose d’agréable. Chaque jour je dois trouver une image qui apporte réjouissement ou soulagement : c’est la thérapie qui veut ça. Une joie ou un soulagement par jour ; ça peut être la même pensée que la veille. Pourvu qu’il ne s’agisse pas de la mort de mon mari. »

Grażyna Jagielska, Amour de pierre (Miłość z kamienia), Paris : Éditions des Équateurs, 2014. Traduction du polonais : Anna Smolar.